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Paris-Genève, le 6 février 2026 - L’arrestation et la détention arbitraire de six membres de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), organisation mauritanienne engagée dans la lutte contre l’esclavage, dont une journaliste, ainsi que de deux lanceuses d’alerte, constituent des actes de harcèlement judiciaire en lien direct avec la dénonciation d’un cas d’esclavage d’une mineure à Nouakchott. L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, un partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), condamne ces arrestations et poursuites et appelle à la cessation immédiate de toute forme de répression à l’encontre des défenseur·es des droits humains, en particulier celles et ceux luttant contre l’esclavage en Mauritanie.
Au cours du mois de février, à la suite de la révélation d’un cas
présumé d’esclavage impliquant une jeune enfant de 11 ans à Nouakchott
et d’un rassemblement devant le commissariat de Police de Dar Naïm 2 de
Nouakchott, six membres de l’IRA, dont une journaliste, ainsi que deux
lanceuses d’alerte ont été arrêté·es et poursuivi·es par les autorités
mauritaniennes. Iels sont accusé·es de « diffusion de fausses
informations » et « association de malfaiteurs ».
Le 4 février 2026, des membres de l’IRA ont rendu publiques des
allégations relatives à l’asservissement de Nouha Mohamed, une jeune
fille de la communauté haratine âgée de 11 ans, qui aurait été maintenue
en situation de servitude domestique par un couple dans la capitale,
Nouakchott. Faisant suite à cette dénonciation, les autorités ont ouvert
une enquête et les personnes soupçonnées ont été brièvement placées en
garde à vue avant d’être relâchées.
Le 6 février 2026, durant l’interrogatoire des personnes soupçonnées
dans l’affaire d’esclavage présumé, des militant·es de l’IRA se sont
rassemblé·es devant le commissariat de Police de Dar Naïm 2 à Nouakchott
afin d’exiger que les investigations soient menées de manière diligente
et que la victime présumée et sa famille soient protégées. Les forces
de police auraient alors dispersé violemment les militant·es présent·es
devant le commissariat, blessant plusieurs d’entre elles et eux.
Dans ce contexte, la journaliste et membre de la commission de communication de l’IRA, Warda Souleymane,
a publié sur les réseaux sociaux, le 6 février, une déclaration
dénonçant les violences subies par les manifestant·es ainsi que les
conditions de détention de certain·es militant·es. Suite à une plainte
de la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel (HAPA) le 10
février 2026, elle a été convoquée puis arrêtée par la police à
Nouakchott et placée en détention à la prison des femmes de Nouakchott,
où elle demeure détenue pour diffusion présumée de fausses informations.
Le 13 février 2026, Lemrabet Mahmoud, chef de la
section de l’IRA à Nouadhibou, a, à son tour, été arrêté par les
autorités et placé en détention dans la prison de Nouadhibou, après
avoir dénoncé sur les réseaux sociaux l’arrestation de Warda Souleymane.
Inculpé pour « incitation à la haine et à la discrimination » et pour
« utilisation de moyens électroniques pour diffuser des discours
haineux », M. Mahmoud a comparu le 5 mars devant le tribunal de
Nouadhibou, qui l’a condamné à un an de prison avec sursis.
Le 16 février 2026, les lanceuses d’alerte Lalla Vatma et Rachida Saleck ainsi que les membres de l’IRA Abdallahi Abou Diop, chargé de la protection des droits humains, Elhaj Elid, coordinateur national des sections, Bounass Hmeida, coordonnateur national adjoint, et Med Vadel Aleyatt,
chef de section dans la commune de Koumbi Saleh, ont été arrêté·es
après avoir été convoqué·es par la police de Dar Naïm. Après leur garde à
vue au commissariat de Dar Naim 2, iels ont comparu devant un juge
d’instruction du tribunal de Nouakchott Nord (cabinet n°2) le 23
février, qui les a inculpé·es pour « diffusion de fausses informations »
et d’« association de malfaiteurs » et placé·es sous mandat de dépôt.
Les hommes ont été transférés à la prison centrale de Nouakchott,
communément appelée « prison des Salafistes », tandis que les deux
lanceuses d’alerte ont été incarcérées à la prison des femmes de
Nouakchott. Ces 6 détenu•es ont comparu le 4 mars devant le juge
d’instruction pour l’interrogatoire sur le fond, lors duquel iels ont
soulevé son incompétence. Les avocat·es de la défense contestent la base
juridique de ces poursuites, estimant qu’elles visent à criminaliser
les personnes ayant dénoncé un cas d’esclavage.
L’Observatoire relève que la procédure aurait été marquée par
plusieurs irrégularités, notamment des transferts de compétence entre
juridictions, les requalifications successives susmentionnées et des
restrictions dans l’accès à l’assistance juridique et aux soins médicaux
pour certain·es détenu·es, alors même que plusieurs auraient été
blessé·es lors de leur arrestation et subi des sévices corporels et
psychologiques en détention. Or, la Mauritanie a ratifié la Convention
contre la torture (CAT) en 2004 et son Protocole facultatif (OPCAT) en
2012, et a mis en place en 2015 un Mécanisme National de Prévention de
la Torture (MNP), en vertu desquels elle s’est engagée à prévenir et
punir ces pratiques.
Ces événements s’inscrivent dans un contexte plus large de pressions
récurrentes contre les défenseur·es des droits humains engagé·es dans la
lutte contre l’esclavage en Mauritanie et en particulier contre les
membres de l’IRA. Bien que l’esclavage ait été aboli en 1981 et qualifié
de crime contre l’humanité par la loi de 2015, des organisations
internationales et de la société civile continuent de documenter des
pratiques esclavagistes affectant principalement la communauté haratine.
A cet égard, les victimes, militant·es anti-esclavagistes et
lanceur·ses d’alerte qui dénoncent ces faits sont régulièrement
exposé·es à des représailles et à des poursuites judiciaires. Entre 2010
et 2018, le président de l’IRA et député Biram Dah Abeid
a été arrêté à plusieurs reprises, notamment en août 2018, sur la base
d’accusations liées à l’incitation à la violence et au discours de
haine.
De même, illustration d’un harcèlement judiciaire acharné, Warda Souleymane avait été arrêtée
par les autorités mauritaniennes le 31 octobre 2025, à son retour de
Banjul (Gambie), pour avoir dénoncé publiquement la discrimination
raciale à l’encontre des populations noires mauritaniennes lors de la
85ᵉ session de la Commission africaine des droits de l’Homme et des
peuples (CADHP), avant d’être libérée sous contrôle judiciaire le 6
novembre 2025.
Le 28 novembre 2025, neuf personnes, dont Dieynaba Ndiom,
défenseure des droits des femmes, responsable des subventions pour
l’Initiative Pananetugri pour le Bien-Être de la Femme (IPBF), avaient été arbitrairement arrêté·es avant d’être libéré·es sous caution et contrôle judiciaire le 5 décembre 2025.
Ces arrestations répétées suscitent de vives préoccupations quant à
l’utilisation du système judiciaire pour restreindre l’action légitime
de défense des droits humains en Mauritanie.
L’Observatoire note que l’arrestation et la poursuite de défenseur·es
pour avoir dénoncé des faits présumés d’esclavage et participé à un
rassemblement pacifique constituent des restrictions aux droits reconnus
par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques
(PIDCP) et à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples,
ratifiés par la Mauritanie. L’invocation d’infractions telles que la
« diffusion de fausses informations » ou l’« association de
malfaiteurs » afin de sanctionner la dénonciation de violations graves
des droits humains soulève de sérieuses inquiétudes quant à la
possibilité des défenseur·es de poursuivre leurs activités sans
représailles, et contrevient à ce titre aux dispositions contenues dans
la Déclaration des Nations unies sur les défenseur·es des droits
humains.
L’Observatoire condamne ainsi fermement l’arrestation, la détention
et le harcèlement judiciaire visant les membres de l’IRA, dont la
journaliste Warda Souleymane, ainsi que les deux lanceuses d’alerte, qui
semblent directement liés à leurs activités légitimes et pacifiques de
défense des droits humains.
L’Observatoire appelle les autorités mauritaniennes à procéder à leur
libération immédiate, à abandonner les charges à leur encontre et à
garantir que l’ensemble des défenseur·es des droits humains puisse
exercer leurs activités sans entrave ni représailles.
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