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Cela fait maintenant huit ans que nous avons quitté la ville,
abandonné une vie animée pour une existence discrète, cachée dans la campagne française.
Ces années ont filé à toute vitesse,
et pourtant, tout ce qui précède notre histoire française me semble appartenir à une autre vie,
comme si cela était arrivé à quelqu’un d’autre.
Cet endroit nous transforme. Lentement.
De bien plus de manières que je n’aurais pu l’imaginer.
Ma façon de voir le monde a changé. Ma vie aussi.
Des choses complexes aux plus simples.
Comme la façon de vivre les saisons.
En Belgique, j’en connaissais à peine deux : froid et humide, chaud et sec.
Je voyais surtout “l’extérieur” à travers la vitre d’une voiture,
entre deux embouteillages,
ou en courant d’un parking à un rendez-vous.
Ici, elles sont d’abord devenues quatre : printemps, été, automne, hiver.
Avec le potager, elles sont passées à cinquante-deux.
Chaque semaine a ses propres petits rituels dans le jardin.
Avec deux chiens pleins d’énergie, on pourrait croire qu’il y en a trois cent soixante-cinq.
Un peu exagéré, bien sûr.
Mais quand on passe ses journées dehors, souvent en marchant,
on remarque chaque jour quelque chose qui change.
J’ai entendu dans l’un de mes podcasts préférés qu’au Japon,
on divise l’année en soixante-douze micro-saisons de cinq jours.
Chacune marquée par un petit événement propre à cette période précise.
Je trouve que c’est une manière douce et belle de vivre davantage dans le moment présent.
Alors j’ai commencé à créer ma propre version de Rêve — ce n’est pas le Japon, bien sûr,
mais l’idée me plaît.
Hier, l’été indien a brusquement cédé la place à l’automne.
La tempête Benjamin est passée et a tout remué.
Les arbres portent leurs plus belles couleurs.
Le vent se lève. La pluie s’en mêle.
Les feuilles se détachent.
En quelques jours, certains arbres se retrouvent nus.
Sur les sentiers s’étend un épais tapis brun, parfois rouge.
Les dernières noix sont tombées.
Les châtaignes prolongent un peu leur au revoir.
La forêt embaume le champignon et le bois mouillé.
C’est le moment de rentrer les derniers coings
et de faire sécher les herbes qui ne supporteraient pas le froid du soir.
Le poêle se rallume de temps en temps.
On ne peut plus échapper au rythme des jours qui raccourcissent.
Au milieu de l’après-midi, on sent déjà la soirée tomber.
Et cette saison m’apprend que ralentir n’est pas un verbe.
J’ai longtemps cru que cela voulait dire faire tout plus vite, plus efficacement,
pour qu’il reste un petit espace à la fin de la journée.
Mais ralentir, en réalité, n’est pas un espace qu’on crée :
c’est un état d’abandon.
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