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L'Observatoire
a été informé de l’enlèvement et de la détention arbitraire de
Maître
Ini
Benjamine Esther Doli,
avocate et défenseure des droits humains. Ex-substitut
du Procureur du Faso
près le Tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso,
ex-Commissaire
du gouvernement
du Tribunal administratif de Ouagadougou nommée en mai 2019, elle
est inscrite
au Tableau de l'Ordre des avocats du Burkina Faso depuis juillet
2024.
Selon
le Barreau du Burkina Faso,
dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2025, vers 1h30, Maître
Ini Benjamine Esther Doli a été enlevée
à son domicile à Ouagadougou par
des individus armés « se présentant comme étant de la
gendarmerie nationale »,
peu après son retour au pays suite à un voyage dans un pays
étranger. Lors de son arrivée, elle a fait une publication
sur Facebook dans
laquelle on peut lire : « Brussel
Airlines vient précisément d’atterrir à l'aéroport de
Ouagadougou [...]. Feu Thomas SANKARA a fait sa révolution mais nous
n'avions rien vu de tout ce qui se passe horriblement aujourd'hui !
Lui au moins, il avait créé des tribunaux populaires pour juger les
personnes soupçonnées d'avoir commis des infractions mais ne se
substituait pas à la justice pour faire du n'importe quoi et
brutaliser son peuple ».
Cette publication fut sa dernière avant son enlèvement.
À
travers les réseaux sociaux, Me Ini Benjamine Esther Doli dénonçait
régulièrement les atteintes au droit fondamental à la liberté
d’expression, en mettant en lumière l’intimidation, la
séquestration et l’enlèvement de citoyen·es, notamment ceux et
celles qui défendent la justice et les droits humains, et apportait
son soutien aux victimes de violences et de violations des droits
fondamentaux. Elle dénonçait aussi les dysfonctionnements du
système judiciaire burkinabè en pointant la violation des droits à
la sécurité, à la liberté personnelle, et au recours effectif à
la justice. Elle expliquait notamment que le système judiciaire
burkinabè souffrait de lenteurs et d’entraves constantes à
l’indépendance de la magistrature et qu’il était crucial de
renforcer son intégrité et son autonomie, ainsi que de protéger
ceux et celles qui œuvrent à défendre les droits humains. Sur sa
page Facebook, on peut aussi lire, « C’est
trop lâche et même trop, trop lâche pour ne pas dire immensément
lâche, de se servir des armes achetées par l’argent du
contribuable pour intimider un peuple, le museler totalement,
l’enlever, le séquestrer et par-dessus tout, d’empêcher la
justice de faire librement son travail. Quelle terreur inouïe
! »
Le 4
septembre 2025, le Bâtonnier de l’Ordre des avocats du Burkina
Faso a été informé de l’ouverture imminente d’une procédure à
l’encontre de Maître Doli. Et le 6 septembre, le procureur du Faso
près le tribunal de grande instance de Ouagadougou a, dans un
communiqué,
informé de l’ouverture d’une enquête dès le 4 septembre,
contre Maître Doli en raison des publications sur son profil
Facebook pour des faits présumés de « trahison »
(article 311-2 du Code pénal), « outrage au chef de l’État »
(article 352-2 du Code pénal) et « entreprise de
démoralisation des forces armées » (article 312-11 du Code
pénal).
À
l’heure de publication de cet appel urgent, Maître Doli reste
arbitrairement détenue, sans que sa localisation et son état de
santé n’aient été révélés.
L’Observatoire
dénonce l’enlèvement, la disparition forcée et la détention
arbitraire de Maître Doli, opérés en violation des dispositions
réglementaires -notamment article 6- de l’Union économique et
monétaire ouest africaine (UEMOA) régissant la convocation,
l’arrestation ou la détention des avocat·es. Son enlèvement
en-dehors de toute procédure judiciaire la prive de toute protection
et favorise considérablement la commission d'actes de torture et de
mauvais traitements.
L’Observatoire
rappelle
que Me Guy
Hervé Kam,
avocat et défenseur des droits humains, cofondateur du Balai
citoyen, a été poursuivi dans les mêmes conditions suite à son
arrestation le 24 janvier 2024 à l’aéroport international de
Ouagadougou par la Sûreté nationale, alors qu’il rentrait d’un
voyage professionnel. Relâché puis arrêté de nouveau à deux
reprises, il est, à la date de publication de cet appel urgent,
toujours inculpé et détenu arbitrairement pour « complot et
association de malfaiteurs ».
L’Observatoire
rappelle que ces enlèvements et détentions arbitraires s’inscrivent
dans un contexte de musellement de la société civile et de
répression des défenseur·es des droits humains et des journalistes
au Burkina Faso, en particulier celles et ceux qui dénoncent les
manquements des autorités militaires au pouvoir dans le pays. Au
cours des derniers mois, plusieurs défenseur·es des droits humains
et journalistes ont été victimes d’enlèvements ou de
disparitions forcées au Burkina Faso. Ainsi, Amadou
Sawadogo,
cadre du mouvement citoyen Balai citoyen, porté
disparu
le 21 mars 2025, a été libéré le 26 mai 2025. Miphal
Ousmane Lankoandé,
secrétaire exécutif du même mouvement, enlevé
le 30 mars 2025
est toujours porté disparu. Les journalistes Boukary
Ouoba, Luc
Pagbeguem
et
Guezouma
Sanogo ont
été enlevés
le 24 mars 2025 ; Boukary Ouoba et Luc Pagbeguem ont été
libérés le 17 juillet 2025 et Guezouma Sanogo a été libéré le
21 juillet 2025. En revanche, Atiana
Serge Oulon,
journaliste d’investigation et directeur de publication du
bimensuel l’Événement,
journal d’investigation de référence au Burkina Faso,
et enlevé
le 24 juin 2024 est toujours porté disparu.
L’Observatoire
condamne l’enlèvement, la disparition forcée et la détention
arbitraire de Me Ini Benjamine Esther Doli, qui ne semblent viser
qu’à la punir pour l’exercice de sa liberté d’expression et
ses activités légitimes de défense des droits humains.
L’Observatoire
demande aux autorités militaires au pouvoir au Burkina Faso de
communiquer sans délai sur le sort et la localisation de Me Ini
Benjamine Esther Doli, de la libérer et de faire toute la lumière
sur son enlèvement et sa séquestration.
L’Observatoire
appelle également les autorités militaires au pouvoir au Burkina
Faso à garantir les droits à la liberté d’expression et
d’association, tels que consacrés par les standards internationaux
relatifs aux droits humains, et particulièrement aux Articles 19 et
22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques
(PIDCP) des Nations unies, et aux Articles 9 et 10 de la Charte
africaine des droits de l’Homme et des peuples, ainsi que la
Constitution et la Charte de la transition du Burkina Faso.
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