|
L'Observatoire
a été informé de l’enlèvement de M. Yeri
Bocoum,
journaliste, cyberactiviste, vice-président de l’Association des
professionnels des médias sociaux et web acteurs (APMSWA) et
directeur du média en ligne indépendant Yeri
Bocoum Communication.
Yeri Bocoum est particulièrement engagé dans la dénonciation de la
mauvaise gouvernance ainsi que des mauvaises conditions de vie
économique au Mali.
Le
8 juin 2024 à 14h, Yeri Bocoum a été enlevé à son domicile à
Kati, au nord-ouest de Bamako, par des individus non identifiés et a
été emmené vers une destination inconnue. Selon des témoins de la
scène, des hommes en civil à bord d'un véhicule sont venus le
chercher devant chez lui, il se serait débattu mais aurait fini par
être emmené. Au moment de la publication de cet Appel Urgent, le
sort et le lieu où se trouve Yeri Bocoum sont toujours inconnus, et
ses proches et son organisation restent sans nouvelles de sa part.
L’enlèvement
de Yeri Bocoum serait lié à sa couverture en tant que journaliste
d’une manifestation spontanée contre la vie chère et le manque
d’électricité, organisée le 7 juin 2024 devant la Chambre du
commerce et d’industrie du Mali à Bamako par la Synergie d'Action
pour le Mali, une coalition d'organisations de la société civile
et de regroupements politiques, constituée le 17 février 2024. M.
Bocoum était l’un des rares journalistes à couvrir cet événement.
Il avait interviewé
M. Youssouf Daba Diawara, l’un des portes paroles de la Synergie
d’action.
L'Observatoire
rappelle que cet enlèvement s'inscrit dans un contexte de
restriction de la liberté d’expression et de multiplication des
attaques à l'encontre des défenseur·es des droits humains et des
journalistes au Mali. Les services de renseignement maliens,
notamment l’Agence Nationale de la Sécurité d’État (ANSE), ont
multiplié depuis 2023 les enlèvements et détentions au secret de
défenseur·es, y compris de journalistes. Celles et ceux d’entre
elles et eux qui dénoncent la mauvaise gouvernance, la vie chère,
la crise énergétique et les violations des droits humains commises
par les autorités
de transition au pouvoir
et par les groupes armés sont la cible de menaces, d’actes
d’intimidation, de harcèlement judiciaire, d’enlèvements et de
détentions arbitraires. Depuis décembre 2022, au moins sept
défenseur·es des droits humains ont été enlevé·es dans le pays,
dont Sory Koné, directeur de la Radio Danaya de Souba, enlevé le 26
janvier 2023 à Ségou et toujours porté disparu et Idriss Martinez
Konipo, directeur de la page Mediatik TV, enlevé à Bamako le 28
avril 2023 et libéré deux jours plus tard, le 30 avril 2023. Par
ailleurs, le 7 novembre 2023, le
journaliste Abdoul Aziz Djibrilla a été tué et ses partenaires
Saleck Ag Jiddou et Moustapha Koné ont été enlevés au nord du
Mali par un groupe armé non identifié. Les organisations de défense
des droits humains, notamment Reporters sans frontières, ont dénoncé
le silence des autorités de la transition maliennes suite à ces
évènements, observant la faible volonté des autorités de protéger
les journalistes. En juillet 2023, la cyberactiviste Rokiatou Doumbia
a été arrêtée pour avoir critiqué les résultats économiques et
les politiques de sécurité publique des autorités de transition au
pouvoir, puis a été condamnée en août 2023 à un an de prison.
L'Observatoire
condamne fermement l’enlèvement et la disparition forcée de Yeri
Bocoum, qui ne semblent viser qu'à restreindre sa liberté
d’expression et à entraver ses activités légitimes de défense
des droits humains.
L'Observatoire
exhorte les
autorités de transition au pouvoir au Mali
à mener une enquête indépendante, rigoureuse et impartiale sur la
disparition de Yeri Bocoum et à tout mettre en œuvre pour permettre
sa libération. L’Observatoire appelle par ailleurs les autorités
de transition au pouvoir
à mettre fin à tout acte de harcèlement et à tout acte
d'intimidation à l'encontre de Yeri Bocoum, ainsi que de tou·tes
les défenseur·es des droits humains dans le pays.
L'Observatoire
appelle enfin les
autorités de transition au pouvoir au Mali à
garantir en toutes circonstances le droit à la liberté d'expression
et à la liberté de réunion pacifique telles que consacrées par le
droit international des droits humains, et en particulier les
articles 19 et 21 du Pacte international relatif aux droits civils et
politiques (PIDCP), auquel le Mali est partie.
|