#65 - 29 janvier 2021

Faire décoller l’« Airbus de la batterie »

L’Europe va-t-elle devenir le nouvel eldorado de la production de batteries électriques ? C’est en tout cas l’objectif fixé par le nouveau plan d’aides publiques de 2,9 milliards d’euros annoncé par la Commission européenne, qui vise à coordonner les efforts des entreprises européennes en matière d’innovation dans la production des batteries de nouvelle génération. Ce plan d’aide complète le premier projet européen lancé en décembre 2019 qui visait à doter l’Europe de ses premières gigafactories, de grandes unités de production de batteries. Ces projets doivent permettre au Vieux Continent d’accueillir demain un marché européen de la batterie compétitif.

Le développement d’une stratégie européenne de production de batteries est à la croisée de plusieurs enjeux. Si l’intérêt économique, stratégique et géopolitique d’une telle stratégie est indéniable, l’approche retenue par l’Europe laisse songeur au regard de l’enjeu environnemental. En effet, l’ensemble de la chaîne de valeur de la production de batteries, allant de l’extraction des matériaux au recyclage, est à la fois fortement consommatrice d’énergie et émettrice de gaz à effet de serre. À titre d’illustration, la seule production des cellules de batteries représente aujourd’hui 75% de la consommation énergétique de l’ensemble de la chaîne de valeur. Le recyclage des batteries, quant à lui, représente environ 12% des émissions de CO2 sur l’ensemble du cycle de vie des batteries en Europe. Pourtant, sur la quarantaine de projets qui bénéficieront des aides publiques européennes, plus de la moitié se situent dans des pays parmi les plus carbonés du Vieux Continent (Allemagne, Pologne, Grèce). De plus, si l’arbre était le plan stratégique européen, qui doit porter la production européenne de batteries à 6 millions d’unités d’ici à 2025, la forêt serait, elle, les entreprises chinoises, coréennes et américaines qui sont aujourd’hui les plus importantes productrices de batteries et dont les choix d’implantation d’usines de fabrication, en Allemagne et en Pologne notamment, grèveront les efforts européens pour tenir la trajectoire de neutralité carbone fixés par le Pacte vert pour l’Europe.

Si importants soient-ils, les montants des aides publiques ne permettent pas de garantir seuls la décarbonation de la production des batteries sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Le choix d’implantation géographique et l’approvisionnement énergétique des gigafactories apparaissent, eux, comme des critères centraux. Dans ce contexte, l’Europe doit s’efforcer de promouvoir l’émergence d’un marché de la batterie électrique européen, compétitif et le plus décarboné possible. Pour cela, deux axes d’action doivent être privilégiés. D’un point de vue technique, d’une part, en enjoignant les pays accueillant des unités de production à décarboner leurs mix énergétiques ou à flécher l’implantation des gigafactories vers les États-membres les moins émissifs (Suède, France, etc.). D’un point de vue règlementaire, d’autre part, en faisant de la décarbonation le critère central du modèle européen de la production de batteries. C’est bien l’intention fixée par l’Europe lorsque, par la voix du commissaire à l’industrie Thierry Breton, la Commission déclare vouloir imposer des critères environnementaux sur l’ensemble de la chaîne de vie des batteries et interdire les modèles qui ne les respecteraient pas. L’Europe enjoint ainsi les producteurs de batterie mondiaux à respecter un cahier des charges qu’elle aura fixé. – Camille Combe, chargé de mission

 

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SPORT AND THE CITY – Auditionné au Sénat, le cardiologue François Carré affirmait que « bouger est vital pour notre santé ». Comment les villes peuvent-elles favoriser une activité physique qui se révèle nécessaire pour lutter contre cette autre épidémie, celle des maladies non transmissibles (obésité, diabète, maladies mentales, etc.) ? Une note récente de l’IRDS montre le potentiel de la pratique sportive non encadrée dans l’espace public, l’intérêt stratégique qu’elle revêt et la manière dont les villes peuvent l’accompagner. – Chloë Voisin-Bormuth, directrice des études et de la recherche

→ Et sur le même sujet : notre étude sur l’aménagement de l’espace public pour favoriser l’activité physique et notre rapport sur les villes productrices de santé.


L’APRÈS EUROPACITY – Si le projet de complexe commercial et de loisirs a été abandonné en novembre 2019, le sort du Triangle de Gonesse, lui, n’est pas encore fixé. Une association propose de consacrer cet espace à des activités agricoles et s’oppose à l’aménagement d’une gare de la ligne 17 du métro et d’une ZAC de 110 hectares à la programmation mixte, entre projets industriels, agriculture urbaine et équipements publics. Débats à suivre. – Sarah Cosatto, chargée d’études

→ Et sur le même sujet : notre rapport consacré aux conditions du débat et de la mise en œuvre de grands projets d’aménagement et d’infrastructures.


DÉCARBONER LES CHAÎNES D'APPROVISIONNEMENT
– Selon un rapport du Forum économique mondial et du BCG, la décarbonation des chaînes d'approvisionnement pourrait avoir un impact considérable sur le changement climatique. Toutefois, la collecte des données pertinentes et la définition de normes claires peuvent s'avérer difficiles dans un « paysage de fournisseurs souvent fragmenté ». – Sarah Cosatto


GO WEST
Une récente étude menée par SeLoger.com montre qu’à la suite des différents confinements, 23% des Parisiens chercheraient à partir vers l’ouest de la France, où les prix immobiliers sont bien moins élevés que dans la capitale. En Bretagne et dans les Pays-de-la-Loire, un quart des acquéreurs de logements neufs seraient ainsi parisiens. S’achemine-t-on vers une ruée vers les villes moyennes ? – Sarah Cosatto

→ Et sur le même sujet : découvrez les résultats de deux enquêtes d’opinion exclusives, commandées par La Fabrique de la Cité aux instituts Kantar et Potloc, sur les représentations que les Français ont des villes moyennes et les perceptions qu’en ont leurs habitants.


« NEW NORMAL »
Le Centre for Liveable Cities vient de publier un rapport dédié à la « nouvelle norme » urbaine créée par la crise sanitaire. Ce document, composé d’interviews, d’études et de focus sur certaines métropoles (Tokyo, Paris, Singapour…), traite de sujets comme le financement d’infrastructures vertes, les évolutions liées à l’essor des mobilités actives, le rôle du numérique dans la gestion de la pandémie… Autant d’angles pour poser des bases de débat, anticiper les futures crises et rendre les villes plus résilientes. – Sarah Cosatto

→ Et sur le même sujet : nos travaux sur la résilience, un nouvel impératif urbain.

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