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L’Observatoire a été informé des menaces de mort et des attaques à l’encontre de M. Pacifique Muliri,
journaliste à l’Agence congolaise de presse (ACP) et collaborateur
indépendant d’Africa Mining Intelligence, organe d’information sur le
secteur minier basé en France.
Le 4 juillet 2025, la maison de M. Muliri à Bukavu, dans la province
du Sud-Kivu, a été attaquée par des soldats du Mouvement du 23 Mars
(M23)/Alliance du Fleuve Congo (AFC), et le 6 juillet 2025, son domicile
a été cambriolé par des hommes non identifiés qui ont pris son
ordinateur portable, son appareil photo, son enregistreur et son carnet
de notes. M. Muliri était présent à son domicile lors des deux attaques,
mais a réussi à s’échapper avant que les hommes n’arrivent, alerté par
des voisins. Suite à ces épisodes, M. Muliri a pris la fuite et est
entré en clandestinité.
Du 1er au 3 juillet 2025, M. Muliri avait effectué un reportage à la
mine de Lomera, dans le territoire de Kabare, dans la province du
Sud-Kivu, où il enquêtait sur des allégations d’exploitation illégale
d’or impliquant une collaboration entre des groupes rebelles de la
région et les autorités gouvernementales de Kinshasa.
Depuis la clandestinité, M. Muliri a reçu des appels téléphoniques et
des menaces de mort de la part de numéros inconnus par le biais de
textos. Dans des messages supplémentaires envoyés le 19 septembre 2025,
les expéditeurs ont menacé de trouver et de tuer M. Muliri s’il
n’abandonnait pas son travail.
Selon des sources, depuis juillet, au moins trois personnes qui ont
aidé M. Muliri dans son enquête sur la mine de Lomera ont été tuées à
Bukavu dans des circonstances encore inexpliquées. Il s’agit de
M. Fiston Wilondja, un ancien journaliste devenu photographe, et de deux
autres habitants de Bukavu.
L’Observatoire rappelle que ces actes se produisent dans un contexte d’attaques systématiques contre les défenseur·es des droits humains et de restriction manifeste de l’espace civique en RDC, en particulier depuis l’accession à un second mandat du président Félix Tshisekedi en décembre 2023. La situation des journalistes et défenseur·es des droits humains
s’est par ailleurs gravement détériorée depuis janvier 2025, avec
l’intensification du conflit à l’est du pays entre le M23, soutenu par
l’armée rwandaise selon les Nations unies, et l’armée régulière de la
RDC (FARDC) et ses alliés. Les groupes armés rebelles et le gouvernement
congolais réduisent au silence les voix qui dénoncent les abus et
violations des droits humains dans les territoires occupés par le M23
comme dans le reste du pays.
L’Observatoire exprime sa vive inquiétude face aux attaques et
menaces de mort à l’encontre de M. Pacifique Muliri, qui ne semblent
viser qu’à restreindre sa liberté d’expression et l’exercice légitime de
documentation des violations des droits humains.
L’Observatoire appelle les autorités congolaises à prendre toutes les
mesures nécessaires afin d’assurer la sécurité physique et le bien-être
psychologique de M. Pacifique Muliri. L’Observatoire appelle également
les autorités congolaises à mener une enquête indépendante, rigoureuse,
impartiale et transparente afin d’identifier les responsables de ces
attaques et menaces de mort, et de les traduire devant un tribunal
indépendant, compétent et impartial.
L’Observatoire rappelle au M23/AFC ses obligations au regard du droit
international humanitaire et des droits humains, et l’enjoint à faire
cesser immédiatement toute menace ou intimidation visant M. Pacifique
Muliri, à garantir sa sécurité physique et son bien-être, à diligenter
sans délai une enquête interne crédible et impartiale pour identifier
les responsables, à coopérer avec les mécanismes indépendants
compétents, et à adopter des mesures concrètes de non-répétition.
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